| Pour
célébrer la "fatiha" les
gens sont invités à se rassembler devant
une mosquée juste après la prière du Maghreb
(coucher du soleil) et vont en foule à la
maison de la fiancée pour taper à la
porte de résidence
familiale et demander à haute voix à son
père
ou à son tuteur tout en restant à l'extérieur
(M. Untel êtes-vous d'accord pour donner
en mariage votre fille à Untel) alors
il répondra
évidemment par l'affirmative puisque tout a
été suffisamment arrangé à l'avance.
Ensuite
on récite la "fatiha" (première sourat du Coran composée de 7 versets) pour se disperser
dans le calme tout en présentant aux familles
liées leurs meilleurs voeux de bonheur et de
prospérité "Rabbi ywassel
bessalma" (que Dieu les accompagne
pour arriver à bon port).
Les
préparatifs du "mlak" (fiancailles)
sont entièrement à la charge
de la mariée , le marié n'apporte que la
bijouterie , un mouton, des fruits secs
et une pièce montée
(gâteaux).
Dans le temps les futures
mariées sont soigneusement dénichées
au "Hammam" par
des marieuses professionnelles "khataba".
On regarde bien sa corpulence et on vérifie
même sa traçabilité ! plus elle est enveloppée mieux çà vaut ! "talka floussek" (tu récupérera ton argent).
Les femmes BBW "Big Beautiful Woman" pulpeuses, rondes et fortes ont toujours la cote chez nous. Les grosses fesses et la cellulite se vendent bien. Je ne comprends toujours pas pourquoi on continue à nous vendre la minceur ! Il parait et cela a été démontré scientifiquement qu'une femme qui n'a pas dix kg de graisse n'ovule pas. Nos aïeux avaient parfaitement raison d'admirer les poitrines généreuses et les fesses rebondies des "sabbahat" toujours assises devant leur métier à tisser. C'est plus généreux et maternel. Elles sont bien fertiles et supportent mieux les vicissitudes de la vie.
De nos jours aux Etats-unis çà devient une mode appelée FA "Fat Admirer". Pour une fois nous les avons bien inspiré ces américains.
Après
les fêtes de l'Aïd
Esseghir (fin du carême) les fiançailles
connaissent un grand boom pour la simple
raison que les filles à marier ne
sortent que durant les nuits Ramadanesques
(Ramadan). Elles vont au "marr" acheter
des habits neufs pour l'Aïd. Les hommes
fort nombreux se bousculent au Souk pour
les draguer "tachkil" et n'hésitent
pas à les prendre en filature pour
connaître leurs demeures. Et les
filles trouvent un malin plaisir à s'esquiver
d'une ruelle à une autre. Si la
fille s'évapore dans une maison
arabe re-belote ils n'ont qu'à tenir
le guet dans un coin de la "houma" (quartier)
Pour le moment ils n'accèdent qu'à une
silhouette cachée des regards par
un "Haïk" qu'ils ne découvriront
que la nuit des noces.
Durant
la période séparant les fiançailles
du mariage la famille du futur marié se
manifeste lors des fêtes religieuses"mussem" par
des petits cadeaux à la jeune promise
(sous-vêtements,
parfums, chaussures..).
Autrefois,
la rencontre entre fiancés est en principe
complètement prohibée. Elle n'est
tolérée
qu'avec la présence
d'une mère, d'une soeur ou d'une proche
parente. Actuellement les fiancés peuvent
sortir librement
à leur risques et périls.
Lorsque
la date du mariage approche on invite tout
le monde après la prière d'el asr (après-midi )
à l'intérieur d'une mosquée de préférence un
jeudi ou au mieux un vendredi pour célébrer
le "Sdak'
(Contrat de mariage) qui est ensuite présenté
à la mariée pour y apposer son consentement.
Elle y consent par son silence,ses rires ou
même ses pleurs! A la sortie de la mosquée
on distribue aux invités des petits sachets
de dragées mélangés avec des fruits secs.
Le contrat
de mariage est rédigé par un
huissier de justice ou par un officier
d'Etat civil (Municipalité) avec une dot symbolique
de un dinar (0,7 Euro) selon deux variantes
de régime matrimonial (biens communs ou séparés). Car
depuis l'age de pierre le mariage est
perçu comme un partenariat d'argent et de sexe.
Il faut toujours payer sa partenaire même symboliquement. Rien
n'est gratuit tout s'achète.
Savez-vous
que le"sdak kairouani"
(contrat de mariage Kairouanais) était
avant l'avènement du code de statut personnel
(CSP 13.09.1956) unique du genre
dans le monde arabo-musulman . Le mari
ne pouvait prendre une deuxième femme
qu'avec le consentement de la première.
dans le cas contraire la première
femme pouvait s'autodivorcer en toute liberté.
Et c'est pour cette raison que la polygamie
n'était pas fort répandue à Kairouan.
Durant
la semaine qui précède le mariage on s'arrangera
de porter le "Farch" (littéralement
le lit). Il s'agit de transporter le "jehaz" (trousseau)
de la mariée à sa charge) comprenant
les produits de beauté,
le Nhass, les cadeaux particulièrement
les bijoux "Siyagha"
,comportant obligatoirement une "khomsa" (en forme de main avec cinq doigts destiné à conjurer le mauvais oeil) les matelas, les couvertures (abana
& tajlila) et
les tapis de la maison de la mariée
à celle de son futur époux en faisant
un petit détour à Sayed
Sahbi dans
des voitures et camions bénévoles roulant
en fanfare.
Quant
aux meubles (à la charge du marié) actuellement
nombreux et compliquées
"Bit noum" (chambre à coucher) "bit
ftour" (salle à manger) "bit
qâad' (salon) sans oublier le gaz
au four, le réfrigérateur, la TV et même
la chaîne stéréo et le parabole
numérique
SVP. le tout acheté à crédit (court terme).
le moyen terme (5 ans) est réservé plus
tard pour la voiture populaire (4 CV) "châabia".
Le long terme (20/30 ans) c'est pour
la maison.
A l'échéance
des traites "kimbial"
vous découvrez un couple pugnace
dont le sport favori est le pugilat. Alors
conseil, déclinez leur invitation à dîner
la fin du mois !
Autrefois
et pas trés loin les années soixante dix
la "moubilia"
(meubles) ne comprenait qu'un"farch"(lit)
, un "glass" (armoire à glaces) et une coiffeuse en palissandre
verni acheté chez l'ébéniste du coin dont le
plus fameux de Kairouan est feu "khemaîs
GARAYA" (aujourd'hui un métier disparu
au profit des meubles industriels eux aussi
génétiquement modifiés).
Un peu
plus loin et précisément au début
du XXe siècle
pauvres ou riches nos ancêtres n'utilisent
ni chaises ni fauteuils. Ils s'assoient
par terre et mangent autour de la "mida"
(table basse).
Parfois,
ils utilisent des bancs en bois avec accoudoirs
adossés aux murs. une étagère porte-arme appelée
"marfaâ", des coffres en bois peint
et sculpté comprenant le trousseau de la mariée
appelés "Rbaâ",
des petits coffrets à bijoux "kanaouita" offert
par le marié avant le mariage ou a couvercles
coulissés appelée "feniq".
Les
armoires à glaces remplacent les coffres, les
fauteuils les bancs . Le mobilier traditionnel
céde le pas au mobilier Européen stéréotypé
et produit en série.
Ensuite
la mariée "laroussa" se
prépare à la fête "outiya"
(fête d'adieu au célibat) qui commence
par la "khelouat al hamam" (réservation
exculsive du hamam)
avec harkous et
Henna "tabaâne
al henna" (littéralement impression
de la henna).
La première
nuit, durant la journée on sert des "ftayer
& sfenj" (Beignets) comme
petit déjeuner ainsi que des "hlalem
bil kaddid" (à la viande séchée)
au déjeuner.
La deuxième
nuit est réservée à la "tonkia" (épilation au citron) pratiquée
par la "hanana" (maquilleuse traditionnelle qui pare la mariée pose la henna, l'épile et la coiffe et lui souffle quelques conseils à l'oreille !)
Jadis, outre la henna et le harkous la hennana mettait aussi de la "dabgha" (décoction noire à base de chaux de romarin, d'oxyde de fer et sert à teindre les sourcils, les prolonger, les rectifier ou en accentuer les formes), du "khol" (poudre d'antimoine que l'on met sur le contour des yeux afin de les mettre en valeur) , de la "sabgha" (coloration noire obtenue à base de plantes que l'on cuit à l'huile et de divers ingrédients notamment des clous de girofle) de la "mardouma" (décoction d'herbes à base de aâfs, hadida et de clous de girofle pilés servant de teinture noire pour les cheveux), du "swak" (écorce de noyer servant à blanchir les gencives et à donner un rouge séduisant à la bouche) et du "louben" (gomme à mâcher)
La troisième
nuit c'est la grande henna "henna
Kebira" . on fait tourner la
mariée
sept fois sur elle même "tajlia" .
Elle changera de costumes traditionnels
de soirée au moins quatre à cinq fois.
Le jour
on égorge pour la circonstance un mouton
pour servir de copieux plats aux invités
ensuite une ou deux journées de repos
avant de passer
à la cérémonie de mariage proprement dite.
Ainsi
les préparatifs de la mariée engraissée
et gavée de pâtes durent
une semaine entière.La
mariée
est trés
souvent mise en quarantaine et gardée à l'ombre
pour ne pas abîmer sa peau, engraissé
de pates pour lui faire prendre du poids car
si elle grossit elle serait mieux et bien
astiqué pour la "tounkia".
Quant
au marié "larouss"
, il commence d'abord par décorer
la porte de la maison avec des feuilles
de palme "jerid" pour
que les passants comprennent qu'il y a
un mariage à l'horizon.
Ensuite
il prépare une petite fête à l'intention
de ses voisins et amis appelée le "Rechq" généralement animée
par une troupe de transes populaires "Hezb"
ou "banga"
avec "azouma ou ardha " (invitation à dîner) où le
couscous bil allouche est roi préparé par
un "Tabakh" (cuisinier)
recruté pour la circonstance.
Les
gens viennent aussi présenter leurs
voeux et surtout contribuer aux frais
de mariage.
Chaque donateur est appelé en plein public
avec la somme correspondante qui sera
inscrite sur une liste confiée au marié pourqu'il en
tiendra compte plus tard. Tout ce cérémonial
se déroule au patio "ouest
eddar" couvert
de bâche à l'abri des intempéries.
On
servira du
thé,
du café et des gateaux traditionnels à gogo makhroud, ghreïba,
baklaoua etc..jusque tard dans la nuit.
Et la fête continue 7 jours sur 7. Quant à la
cérémonie
de mariage proprement dite, malheureusement
d'anciennes et vieilles traditions fichent
le camp.
Autrefois et plus précisément les années soixante
dix, le marié "larouss"
toujours entouré par les
membres de sa famille et de ses amis célibataires
les plus proches après avoir été au
Hammam (Bain maure) le matin ensuite
chez le coiffeur l'après midi pour un
dernier lifting.
Au Maghreb
(coucher du soleil), il ira se changer
dans une maison prêtée pour l'occasion
par un ami de préférence au centre
ville et où vit
en principe un célibataire endurci pour
le sensibiliser davantage au mariage.
Tandis
que le marié se change avec son coiffeur
ses amis célibataires pour la
plus part ne cessent de chanter en
chorale improvisée une
vieille chansonnette lyrique spécifiquement
Kairouanaise.
"ASSLA
LA RSOULA A BRIKOU SALMA ARRASHA SALMA ASSLA
LA RSOULA"
الصلاة
علي رسول
الله أبريكوا
سالمة علي
رأسها سالمة
الصلاة غلي
رسول الله
صلي
علي رسول
الله
صلي
علي النبي
تربح
الصلاة
علي رسول
الله
Ensuite
il partira à pieds lentement avec des pauses
d'arrêt jusqu'à chez lui piqué de temps à autre
sur les fesses !(sorte d'acupuncture Kairouanaise
pour éveiller sa libido ..) flanqué de deux
vizirs (ministres) portant le même costume
que lui (un costume sombre ou bien
une jebba) et dont la tache outre l'accompagnement
consiste à lui prodiguer certains rites intimes
à respecter.
Les
plus laborieux connaissent déjà ces
rites d'initiation chez Bahija à la "Zanka
touila" (littéralement la
ruelle longue-quartier réservé de
Kairouan) du coté de bab Tounes où tout
le monde a pris sa première cuite.
D'autres
fort nombreux honteusement profanes
et vierges ne connaissant "le
skhoun"
(le chaud) que dans le hammam avancent
en titubant de peur et de fatigue !
Les
troupes folkloriques (Hezb
et Banga) se mettent à la pointe du cortège
créant une bonne ambiance de chants et danses
dans la rue mélangée avec l'odeur du "bkhour"
(l'encens).
A
chaque passage du cortège nuptial marié devant
un café, le patron en personne présente
ses voeux selon un rite ancien qui consiste à verser
un bol complet de café en pleine
rue de bout en bout.
Et
ainsi les festivités nocturnes créant une ambiance
féerique dureront des heures et des heures
avant que le marié n'arrive chez lui pour
trouver sa dulcinée mariée entourée des siens
et de ses amies bien habillées portant
des fouta
et blouza et soigneusement
maquillées glamour et sexy comme pour se faire
remarquer par une marieuse ou la maman d'un
éventuel prétendant tout en se plaignant
comme toujours que la mariée est trop moche
alimentant ainsi des discussions pendant
des mois..
Il
s'assoit un petit instant auprès de
la mariée "Sodra"
tandis qu'une troupe folklorique de femmes "Hadharat" continue
après l'inconditionnelle "taalila" à animer
la soirée jusque tard dans la nuit.
A l'intérieur de la maison les consignes sont
claires aucun homme ne rentre à part le marié.
Avant
de franchir le seuil de la porte on lui
fait goûter des bonbons. la "hanana" (maquilleuse)
demande avec insistance au marié de lui
payer la "taâriyet
eznoud" (littéralement
le dévoilement de l'avant bras de la
mariée)
. la hanana tout comme le coiffeur
conseille aussi la mariée de marcher sur
les pieds du marié la soirée de noces
dans l'espoir de le dominer plus tard "taâfisset
erjel".
Pour
assurer tout le monde de la bonne virginité
de sa femme le marié sortira à sa mère une chemise
de nuit tachée du sang de l'hymen de sa mariée pour
l'exhiber systématiquement aux voisines
(pratique aujourd'hui rare et exceptionnelle) ou
bien un flacon d'eau de toilette "Kounoulia" (eau
de Cologne) pratique plus répandue
car l'approche pour la déflorer est parfois
laborieuse particulièrement si la jeune
mariée est "msafha" (liée-c'est à dire
qu'on lui a ôté sa capacité
sexuelle pour préserver sa virginité et
la protéger (rite de "tasfih" encore
pratiqué de nos jours ).
Même
chose pour le marié sauf que le rite
a été pratiqué
à son insu par des femmes jalouses "Rbat".
Alors si on a oublié de le faire
la veille du mariage on va vite chercher "çahfat
al hallane" (coupe de l'ouverture)
pour faire délier le "tasfih" à l'épée,
à la serrure ou bien au métier à tisser par
une scarification sur le genou droit de la
jeune fille en lui faisant avaler sept raisins
secs enduits de sang et en lui faisant répéter
la formule " je suis le fil, il est le
mur".
Après avoir effectué la "doukhla" (entrée ! ) vous devinez de quoi s'agit-il, le marié ne reste pas à la chambre, il passera le reste de la nuit fêter l'événement entouré de ses copains dansant au rythme du "mezoued" (cornemuse à peau de chèvre) et "reboukh" (spectacle populaire) jusqu'à l'aube
Le
lendemain matin " sbah"
on invite tout le monde à un petit déjeuner
composée essentiellement de Hlalem, spaghettis
et de
Sfenjs qui arrivent par plaques de
bois.
De nos
jours, le marié ne va plus à pieds mais
en limousine chercher sa future épouse
chez la coiffeuse pour l'amener dans un
cortège de voitures à
la salle de fêtes réservée longuement
à l'avance dont les prix vacillent entre 300
et 1000 D (210-700 Euro) où la cérémonie
agrémentée par une troupe musicale ne durera
qu'un court moment (deux heures) mais pour
combien de frais ?.
Ajoutez à la note salée
les pâtisseries, les salés,
les boissons rafraîchissantes ( jus d'orange,
citronnade, soda, eau minérale..) et même
les sorbets de glaces sans compter le photographe
et le videoman.
Côté
statistiques ma grande mère s'est mariée à l'âge
de treize ans , ma mère à l'âge de 17
ans, moi même à l'âge de vingt quatre
ans.
Actuellement
la moyenne nationale frôle les trente
ans (29,2 ans exactement). Ne vous affolez
pas la moyenne d'âge progresse aussi.
Aux dernières
statistiques de l'INS elle est de 70,8 ans pour
les hommes et 75 ans pour les femmes. c'est
que la qualité de vie s'améliore
sensiblement.
Bonne
continuation et "inchallah
farhatek" (si dieu le veut
tu vas te marier) si tu es célibataire,
"farhat aâzeb" (si dieu le
veut tu vas avoir un garçon ) au masculin SVP
et non pas "azba" (fille) si tu es
fraîchement marié ou "farhat
laouled" (si dieu le veut tu
vas marier tes enfants) si tu es déjà papa
poule.
"Inchallah" (si dieu le veut) est une formule utilisée fréquemment pour exprimer sa soumission à la volonté de dieu en ce qui concerne les souhaits et les faits à venir.
Mohamed Rebai
info@kairouan.org
|