| Avec
l'indépendance du pays (1956) les structures
tribales fort solides durant des décennies eu
égard l'importance de l'économie pastorale dans
notre contrée ont totalement disparues.
Tandis
que l'identité reste arabo-islamique à part
entière, l'éducation se détache peu à peu
par la réforme continue de l'enseignement.
D'abord
avec les coopérants Européens et même
Américains
venus enseigner en Tunisie les années soixante
( on se souvient tous de Mme Hermann Anglaise
-Enseignate d'Anglais- de M Claveria
-Prof de Français au Lycée de Kairouan)
un peu plus tard avec les étudiants partis
s'imprégner avec la culture occidentale.
De
ce fait la Tunisie qui a beaucoup misé sur
l'enseignement possède actuellement
une véritable "Industrie
de compétences".
Ces
changements on été uniquement opérés
dans l'enseignement avec souvent de
bons résultats.
Toutefois,
les traditions ancestrales et traditionnelles
qui forment et agissent fortement sur l'individu
restent transmises encore aujourd'hui
de père
en fils sans qu'on prenne la peine d'en
ausculter soigneusement tous les éléments
afin de voir lesquels sont nocifs à notre développement.En
fait comment concilier la tradition avec
les exigences du monde moderne ?.
D'abord
le manque de liberté de discussion avec les
parents. Les pères subjuguent femmes et enfants.
L'émancipation des enfants (filles notamment)
et surtout des femmes gênent les hommes qui
se sentent touchés dans leur identité.
En
effet, à l'aube de l'indépendance (13.08.1956)
un code du statut personnel (CPS) est promulgué
par Bourguiba (Président de 1956 à 1987) et
qui donne aux femmes des droits inédits
dans le monde arabo-musulman en supprimant la
polygamie et la répudiation, en instituant
le divorce par consentement mutuel et en
autorisant l'adoption.
Elles
peuvent aussi, selon la loi, travailler,
se déplacer à l'étranger, posséder et diriger une
entreprise, sans avoir à solliciter l'autorisation
du père ou du mari. dans une société où la sortie
illégitime présenterait des risques de perversion.
Autrefois
la femme ne sortait que deux fois dans
sa vie au hammam ou
au
cimetière. Il était interdit de se
dévoiler,
de parler à un étranger et même pour aller
au ciné il fallait être accompagnée d'un
petit frére. C'était vraiment la basse
cour.
Par
ailleurs, Il est encore proscrit aujourd'hui
de fumer et de boire devant les parents
et même
devant les frères et soeurs plus âgées.
Autre
particularité, l'homme ne vous dira jamais le
prénom de sa femme. Il dira tout simplement "Eddar"
(la maison) "el ila" (la famille) ou au mieux "lemraâ" (la
femme) La maison n'est pas là, la femme
est malade etc..
Autrefois,
le père qui travaille toute la journée
prend son dîner en priorité , le grand
morceau de viande c'est pour lui ,
femme et enfants attendent leur tour
après.Actuellement,
ils prennent soin de s'entourer de leur
progéniture.
Au moment
du dîner "achâa"
c'est la ruée des mendiants qui ne vous
demandent à l'époque qu'à manger. ils vous annoncent
leur présence avec aisance et courtoisie
pour dire "Ya krim mtâa allah-lillah" (Oh
généreux, aie pitié et donne moi ce qui
appartient à Dieu) alors la maman envoi
son petit pour lui annoncer la bonne nouvelle "Ibcher" (sois récompensé).
Ensuite
on lui donne à manger dans la "skifa" Aujourd'hui
ils sont plus mercantiles et vous demandent
avec insistance et insolence même
des "flouss"
(de la monnaie) qu'ils comptent bien avant de
partir sans remercier
Autrefois,
rares les filles qui vont à l'école, maintenant
elles sont plus diplomées en nombre que
les garçons. la mixité est de règle à tous les
niveaux de l'enseignement. Pourtant
le "chitane" (diable)
n'est pas toujours présent.
Le rôle
des mères se limite à la protection des
enfants qui les tiennent loin des "zoufria"
(voyous).
C'est
elle qui achète et prépare les provisions
alimentaires et les stocke à "Bit
el oula".
Les
femmes surtout les plus âgées
interviennent avec persuasion "Dibbira" pour
résoudre à l'amiable les conflits familiaux.
Les hommes
assurent les sources de revenus à la famille
avec des métiers honnêtes et une réputation
sans tache. Parfois les femmes les aident
par la
confection de tapis une vieille tradition
artisanale et un héritage du passé accompagné
d'un véritable style de vie.
De
nos jours, avec le progrès social elles
sont partout dans l'administration et
les professions libérales.
Les hommes
s'occupent aussi de l'éducation des enfants
et les suivent de près dans leurs études
et se plient en quatre pour leur payer
des cours particuliers dont certains sont
plus particuliers que les particuliers.
Le"ghoul" (ogre, monstre anthropophage dévorant les enfants dans la mythologie arabe) la "ghoula , la "abbitha" qui veulent dire la même chose sont omniprésents pour faire peur aux enfants .
Attention ne fais pas ceci ne fais pas cela d'abord c'est "hram" (interdit par le Coran)si non le "ghoul" te mangera. Résultat c'était vraiment efficace sauf que la nuit on eu notre lot de cauchemars au moindre bruit.
Les frères
et soeurs sont souvent complaisants les
uns vis à vis des autres particulièrement pour cacher quelque chose à leurs parents.
Pour nous éduquer, tout comme le "meddeb" mon père aussi utilisait fréquemment la "falka"( gros bâton relié à deux cordes utilisé pour les châtiment corporels sur la plante des pieds). Il en gardait un à la maison au cas où je faisais des bêtises. C'était le pire châtiment qu'on recevait. Rien qu'à le voir en permanence à portée de main, j'avais tout le temps la trouille.
Des fois pour changer d'outil, mon père utilisait la "sebta " (une ceinture à grande boucle) très large pour ajuster son seroual "kandlissa" identique à celle utilisée par les haltérophiles pour tenir les muscles du dos.
J'avais constamment peur d'Allah, du meddeb et de mon père même à l'âge adulte. Il fallait le voir quand il brandissait sa célèbre "sebta" (ceinture). ma mère quand elle me défendait "tehizz" en prenait elle aussi des coups et le soir même la pauvre apportait à "obey" (papa) à manger comme si de rien n'était.
Ma défunte mère que j'appelais dans le temps "ya" nous incitaient souvent à appeler par adresse et respect le frére aîné"sidi" et la soeur aînée"lella". Le terme "sidi" (littéralement monseigneur) n'est pas le privilège du frère aîné , on le réserve aussi aux enseignants (meddeb, instituteur, prof..). "Sidna" (notre seigneur) se dit pour les saints à commencer par le prophète Mohamed (SAW). Actuellement un terme raccourci voit le jour "si" pour désigner une personne respectée.
Le confort intérieur
se limite au strict minimum.
Autrefois,
les familles vivent en communauté dans
une grande
maison arabe. vous trouvez trois et
même
quatre couples et plus d'une même famille
habitant chacun une chambre à part. elles se
répartissent les tâches quotidiennes et
vivent en parfaite harmonie.
Actuellement
avec le développement urbain les jeunes couples
veulent habiter une maison propre à eux
donc plus libres dans leurs faits et gestes.
Ils veulent vivre comme ils l'entendent...
A mesure
que les idées avancent , les mentalités évoluent
aussi.
Mohamed Rebai
info@kairouan.org
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